« La Forge : putain… deux ans ! »

Quoi… Déjà ? Le 15 mai 2017, La Forge a fêté ses deux années d’existence. Laurent Thuvignon, son fondateur, revient sur la genèse de la structure. En cette année charnière, il dresse un bilan d’étape. On l’écoute ?

Laurent THUVIGNON
Laurent THUVIGNON

Pourquoi avoir souhaité créer cette structure un peu particulière ?
J’ai formulé ce projet au printemps 2014. Après une longue carrière comme directeur d’association, j’ai eu envie de créer ma propre structure. Mon idée était de m’investir dans un projet de territoire qui porte une démarche d’intérêt général, mais sur un modèle d’entreprise. La solution la plus pertinente était de créer une SARL sous le statut de SCOP. Et le modèle de SCOP qui remplissait tous ces objectifs était… la coopérative d’activités et d’emploi !

Vous alliez donc devenir gérant de CAE…
Oui, et la première des Yvelines, dernier département d’Ile-de-France à ne pas encore avoir de CAE ! Après une étude de faisabilité financée par le fonds de confiance France Active (un financement appliqué aux projets d’économie sociale et solidaire), j’ai ouvert La Forge en mai 2015.

 

« Chauffer les esprits, comme on chauffe le fer, pour produire du nouveau… C’est ce que nous essayons de faire, ici, au quotidien, avec tous les entrepreneurs »

 

Pourquoi « La Forge » ?
C’est un hommage à mon grand-père, qui était forgeron. Je me suis toujours dit que si, un jour, je changeais de métier, ce serait pour celui-là. J’aime l’image qu’évoque la forge, d’un travail à la fois besogneux et noble. Il y a quelque chose de malléable : on chauffe les esprits, comme on chauffe le fer, pour produire du nouveau… C’est ce que nous essayons de faire, ici, au quotidien, avec tous les entrepreneurs.

Comment se porte la CAE, du haut de ses deux ans ?
Je dois avouer qu’elle dépasse mes espérances ! Je n’imaginais pas avoir autant d’entrepreneurs salariés (ES) – 28 ES à ce jour -, des résultats aussi satisfaisants – 166 000 € de chiffre d’affaires en 2016 -, ni autant de partenariats avec les acteurs publics locaux. Nous sommes aujourd’hui la seule CAE francilienne avec un versant insertion (1) et nous avons le même type d’action auprès des entrepreneurs des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) (2). Tout cela montre que nous répondons à un vrai besoin, face au chômage, la précarisation croissante et les complexités du régime social des indépendants (RSI). Pour autant, c’est difficile sur bien des points…

Quelles sont les difficultés ?
Ce sont surtout celles du quotidien : les milliards de choses à faire, les centaines de décisions à prendre, les dizaines de sollicitations chaque jour. Comme pour tous les gérants de CAE, la métaphore de la machine à laver, qui vous secoue dans tous les sens, s’applique plutôt bien. S’ajoute à cela la pression liée à la responsabilité d’être gérant unique. En même temps, cela m’incite, en tant que chef d’entreprise, à développer les compétences d’arbitrage et de mesure du risque…

Quels projets attendent la Forge pour les années à venir ?
Nous allons poursuivre la diversification des métiers, dans une logique de filières, comme nous avons commencé à le faire avec la couture. D’ici l’an prochain, nous allons développer encore le nombre d’ES (une quarantaine dès fin 2017) et le chiffre d’affaires issu de leur activité. Nous allons également consolider nos partenariats locaux. Surtout, la CAE est – déjà ! – dans une phase de transition, puisqu’une cogérance est en train de se mettre en place.

Comment va s’organiser cette cogérance ?
A partir de 2018, la gérance sera partagée entre trois ES. C’est la raison d’être d’une coopérative que d’appartenir à ses salariés : la structure pourra s’émanciper de son fondateur, qui passera en arrière-plan. Bien sûr, cela pose des questions : comment les salariés vont-ils s’approprier la CAE ? Allons-nous trouver l’équilibre entre action publique et action économique privée ? Le travail s’annonce passionnant et nous apportera de vrais éléments de réflexion sur les plans politique et philosophique… Une nouvelle aventure commence !

Propos recueillis par Cécile Couturier

(1) Fin 2016, La Forge a signé une convention avec l’agence départementale Activit’Y : la CAE accompagne des bénéficiaires du RSA souhaitant créer leur activité.
(2) L’accompagnement des publics des QPV se fait dans le cadre du partenariat signé, depuis l’ouverture de La Forge, avec la mission de coordination interministérielle et territoriale (MiCIT) de la préfecture des Yvelines.

 

 

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